Effervescence autour d'un verre

Dernière mise à jour : 2 févr.

Concours de nouvelles organisé par A propos d’écriture sur le thème : « Autour d’un verre »

Nouvelle brève et amusante sur le thème "Autour d'un verre".


 

Léonie s’affairait en tous sens. C’était un grand jour pour elle, qui n’était pas sortie depuis si longtemps.


Son amie, Delphine, largement aussi excitée qu’elle, comme elle en avait témoigné à travers des babillages sans fin, ressemblant plus à un monologue qu’à un réel échange. Elles ne s’étaient pas vues depuis des lustres leur semblait-il.

Allaient-elles se reconnaître? Bien sûr, se dit Léonie en riant, il ne s’agissait là que d’une tournure de phrase. On ne change pas en si peu de temps. Et pourtant, si les visages et les corps ne faisaient apparaître aucune modification évidente, leur monde lui, avait avait été bouleversé.


La motivation de Cédric était toute autre. Il avait passé ses derniers temps enfermé, à ne voir personne ou presque. Pour lui aussi c’était le grand jour. Sa vie sociale avait été perturbée par un élément extérieur, de façon imprévue. Un intrus avait surpris toute la population, modifiant les interactions de groupes et minant le moral de chacun.

Autrefois, les collaborateurs, les amis et la famille témoignaient d’une activité ininterrompue. Et puis ce fut comme si le temps était resté suspendu pendant de longs mois. Qui avaient semblé des années.


Cet événement, bien peu l’auraient prédit, tant l’incertain devenait une composante forte du présent, et sans doute malheureusement aussi, du futur.

Mais aujourd’hui, les choses changeaient. Le printemps refaisait surface. La vie d’autrefois réapparaissait enfin, aussi gaie et frénétique qu’auparavant.


Il était curieux de réaliser que pour les plus jeunes, cette effervescence serait nouvelle.

Ils n’avaient en effet connu que le cocon dans lequel ils avaient grandi. Le calme les avait entourés jusqu’à maintenant. C’était enfin le moment pour eux de se lancer dans cette société foisonnante et complexe. Il leur faudrait ouvrir leur yeux, écouter de tous leurs sens, être à l’affut de la moindre opportunité, du moindre danger. Virevoltant, butinant, cherchant, ils feraient leurs preuves auprès des autres membres du groupe.

Nous avons tous été comme eux. Les premiers regards, les premiers doutes, et les premières relations. Sur le plan professionnel aussi il fallait prouver ce que l’on valait. Montrer que l’on était capable de travailler sans relâche, sans se plaindre, de faire mieux que le voisin.


On leur avait parlé d’un monde riche en couleurs et savoureux. Ils trépignaient donc tous de pouvoir enfin le goûter de leur propre chef.


Cédric se sentait pousser des ailes dignes d’un ange, prêt à trouver celle qu’il imaginait dans ses rêves.


Ce soir enfin, autour d’un verre, il déploierait ses ailes.


Cette soirée tant attendue allait avoir lieu, dans un quartier parisien fort sympathique et parfaitement bien choisi pour une belle soirée de printemps. Le Quartier Latin était le haut lieu des rencontres de la jeunesse. Il était parfaitement placé entre deux havres de paix qu’étaient le Jardin des Plantes avec ses magnifiques espèces tropicales, et le Jardin du Luxembourg, dont les allées ombragées et fleuries cachaient les romances des regards trop curieux.


Léonie termina de se préparer, puis rejoint son amie. Elle trouvèrent la meilleure table en terrasse rue de Buci et s’y installèrent.


C’était sans compter l’affluence de cette soirée cruciale où de multiples groupes s’étaient donné rendez-vous.

Au même moment Cédric et ses amis arrivèrent. Ils choisirent de s’installer à la même table que Léonie et Delphine.


Les regards se croisèrent, hésitants.


Cette soirée devait bien se passer, les expectatives des uns et des autres se ressemblaient fort et le fait de passer un excellent moment entre amis en faisait partie.


La décoration de cette table de bistrot parisien était succincte mais charmante.

Un verre faisait office de vase. Dans l’eau qu’il contenait se tenaient plusieurs tiges de tailles différentes, dont les extrémités portaient des fleurs plus belles les unes que les autres. Pivoines doubles aux pétales blancs, pois de senteur délicieusement multicolores et des fleurs d’autant de nuances de couleurs que de parfums variés.


Léonie et Delphine minaudaient un peu, afin de faire gentiment comprendre aux jeunes mâles que ce verre posé sur la table autour de laquelle elle tournaient leur était destiné. Eux, un peu gauches mais attirés par ces deux demoiselles bien apprêtées, restaient cois, ne sachant quelle attitude adopter.


L’un d’entre eux, sans doute plus malin que les autres, ou du moins plus séducteur, eut l’idée la plus pertinente qu’il n’eut jamais eu du haut de son tout jeune âge adulte.


La table était étroite, mais le vase qui trônait en son centre fut l’épicentre de la soirée. Léonie, Delphine et leurs trois jeunes acolytes passèrent une soirée formidable, inoubliable. Enfin, autour d’un verre…

Ils découvrirent qu’il pouvaient partager cette soirée, cette table et ces fleurs.

Le nectar épancha les soifs.

Les couleurs égayèrent leurs vies de nouvelles teintes jusqu’au crépuscule, bien tardif en cette période de l’année.


La soirée passée, plus jamais ils ne se revirent.

Peut-être se croisaient-ils parfois dans le quartier. L’instant d’une soirée qu’ils avaient passée ensemble autour de ce verre avait suffi pour les faire mûrir. Ils vaquaient dorénavant chacun aux occupations qui leur étaient destinées.


Depuis ce jour, Cédric, Léonie, Delphine et les autres sortirent chaque jour de la ruche, tantôt butiner au Jardin des Plantes, tantôt au Luxembourg.


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