La vie c’est comme une boîte de chocolats

Dernière mise à jour : 2 févr.

Appel à textes organisé par la Mairie d’Aizenay. La nouvelle doit inclure « La vie c’est comme une boite de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. »



Résumé


La vie, c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Vous vous souvenez de cette citation? Entre histoire familiale et souvenirs, découvrez avec moi au fond du grenier, une boîte de chocolats bien mystérieuse

Voilà les cloches qui sonnent. D’où que provienne leur son si particulier, je ne peux m’empêcher de penser au village de mon enfance. Ou plutôt celui de mes vacances. Mes tantes et ma grand-mère m’y accueillaient. Elles y figuraient comme des personnages mythiques, racontant de sempiternelles anecdotes familiales. Selon leur caractère respectif et leur humeur du jour, elles me racontaient parfois la mer, parfois les terres inhospitalières de notre région.


 

Il est vrai que le vent, la pluie et le froid incitaient les pêcheurs à se refermer sur eux-mêmes comme les crustacés qu’ils remontaient à la surface. Souvent revêches, leurs langues se déliaient pourtant le soir, au bar du bourg. La chaleur qu’ils avaient profondément enfouie resurgissait alors, entraînant avec elle de grands éclats de voix, de rire et de chants. Les siècles précédents avaient malheureusement vus disparaître sous les flots nombre d’entre eux qui ne savaient pas nager. Je me levais avant l’aube pour voir leurs lourdes silhouettes emmitouflées dans des cabans, les cheveux tenus par une casquette et la barbe au vent. Les bottes bien ancrées sur le pont du bateau, ces titans de la mer m'impressionnaient.


Côté terre, la vie des agriculteurs n’était pas plus facile. Eux, dont les exploitations se réduisaient comme peau de chagrin à chaque génération. Les jeunes quittaient leurs racines en quête d’une vie professionnelle urbaine idéalisée. Certes, quelques moutons continuaient à parcourir la lande et partageaient les pâturages avec les vaches du coin. Je m’amusais volontiers à leur faire peur en les poursuivant dans les champs. Jusqu’au jour où je me retrouvai face à un taureau. Lorsque je le compris, je pris mes jambes à mon cou, n’ayant aucune velléité de devenir toréador.


Lors de l’été de mes 7 ans, j’arrivai au village dés le début du mois de juillet. Fou de joie à l’idée des jeux que je m’inventerais dans les rochers, des cabanes dans lesquelles je camperais et des acrobaties finissant inéluctablement dans l’eau froide de l’océan.


La vieille maison de granit était poussiéreuse et regorgeait de toiles d’araignées. Je m’imaginais alors toutes sortes d’histoires terrifiantes, que je m’empressais de raconter avec aplomb à ma petite cousine encore crédule. Tout était prétexte à inventer des mondes rêvés ou redoutés. Mais je ne me soupçonnais pas que ce mois de juillet transformerait ma vie.


***


Un soir après dîner, alors que toute la famille profitait des retrouvailles annuelles pour se raconter les événements marquants des derniers mois, je m’éclipsais vers quelque aventure. Pourvu d’un bâton devenu à la fois une épée de chevalier et une baguette magique de sorcier, je me battais contre les assauts de dragons monstrueux puis me défendait vaillamment contre les sorts lancés par une sorte de mage maléfique dont les traits rappelaient étrangement ceux de mon professeur de français.


Soudain, je m’arrêtai brutalement devant la porte qui menait vers l’escalier du grenier. Quelqu’un l’avait laissée ouverte, ce qui ne s’était jamais produit auparavant. Mon regard balaya le couloir, l’étage, les fenêtres. Rien ni personne. Juste un courant d’air qui me glaça le dos.


J’entrepris de monter une marche du passage interdit. Rien ne se passa. Exceptées ma frayeur et mon excitation qui se battaient pour savoir qui parviendrait la première au sommet des marches.


***


Le grenier était sombre. Et même complètement obscur. Mes yeux tentaient d’y percevoir une quelconque lueur, mais en vain. Mes doigts effleurèrent le mur en tremblant, ils tapotèrent jusqu’à trouver un interrupteur aussi ancien que la maison. Bien décidé à éclaircir le mystère du grenier et la pièce en elle-même, j’appuyai fermement sur le bouton.


L’ampoule s’accrochait aux années, faisant tous les efforts du monde pour éclairer d’une lumière vacillante le milieu de la pièce. J’évitais de porter mon attention sur les recoins sombres, où j’étais sûr que des monstres se tapissaient pour surgir d’un instant à l’autre.


Quelques jouets d’enfants me rassurèrent. Au moins cette soupente n’était pas totalement hostile. Il me fallut tout de même prendre mon courage à deux mains pour avancer pas à pas sur le parquet grinçant.


Mon cœur s’arrêta. Une chouette, dérangée par ma venue, et qui semblait avoir élu domicile dans l’encadrure de l’une des fenêtres vaguement condamnées, ouvrit ses ailes et s’envola en hululant. Je me rassurai en m’imaginant être Harry Potter.

Une boîte rouillée m’interpela. Ses couleurs s’étaient affadies, mais on distinguait encore une illustration à l’ancienne, accompagnée d’un titre joliment typographié : « Les chocolats que l’on n’oublie pas ». Le nom de la chocolaterie figurait sur la partie inférieure du couvercle.


Je savais que mon arrière grand-père, nommé Paul, tenait autrefois une chocolaterie dans la grande ville voisine. Personne ne parlait de lui, excepté ma grand-mère, qui l’appréciait beaucoup. Je ne pus résister et ouvris le couvercle de la boîte de chocolats, non sans mal du fait de la rouille. En forçant légèrement, je découvris enfin son contenu.


J’en fus presque déçu.

Des chocolats.

De simples bouchées en chocolat, qui devaient être là depuis des dizaines d’années. Étrangement, elles semblaient avoir été réalisées la veille, tant leur éclat était resté intact. Oubliant le contexte et l’ancienneté de la boîte, j’en pris un entre le pouce et l’index, ma main gauche tenant encore le couvercle.


Il sentait bon le chocolat et je ne m’en étonnais pas le moins du monde. A sept ans, on se pose d’autres types de questions… Je finis par le croquer, ignorant toutes mises en garde que mes parents m’auraient faites, et qui pourtant m’auraient paru pertinentes en y réfléchissant bien.


Le goût valait bien l’aspect pensais-je.

Cependant, le cœur fondant présentait un goût légèrement salé. Une tristesse m’envahit brusquement. Je ressentis ma solitude comme décuplée, la noirceur du monde me semblait concentrée dans celle qui m’entourait dans ce grenier. J’avais l’impression de ressentir un manque, comme celui consécutif à la perte d’un être aimé. On aurait dit que des larmes attendrissaient le cœur de la bouchée chocolatée, lui conférant son arrière-goût salé.


Pour me consoler, j’en mangeai un second. Un croustillant au praliné délicieux.


Cette fois-ci, je fus pris d’un éclat de rire qui se transforma en fou rire irrépressible. Je ne me souvenais pas si quelque chose avait initié cet état, sans savoir exactement quoi. Je ne m’arrêtais plus et je trouvais cela formidable !


Quels étaient donc ces chocolats mystérieux dont chacun portait en lui une émotion si forte que l’on ne pouvait la refouler? Lorsque j’en parlai discrètement à ma grand-mère, elle m’expliqua que son aïeul possédait quelques dons. Au fil du temps, la plupart des membres de la famille les avait niés, le traitant même de sorcier. Alors, peu à peu il s’exclut lui-même de la famille, développant cependant avec succès sa chocolaterie.


Vers la fin de sa vie, il s’était mis en tête de fabriquer une boîte de chocolats uniques, qui rassemblerait tous les souvenirs de sa vie. Quand il décéda, il la légua à ma grand-mère. Mais elle n’avait jamais eu le courage ou la curiosité de les goûter. Les bons, comme les mauvais : chaque souvenir et les émotions déclenchées étaient capturés au sein d’une recette propre à chaque bouchée. Ma grand-mère osa en prendre un. Je la vis se mettre en colère, elle à qui cela n’arrivait jamais. Devenant écarlate, elle avait l’impression d’essuyer une injustice qui la mettait hors d’elle. Incroyable, les chocolats magiques fonctionnaient également sur elle…


Au fond de la boîte en métal, Paul avait gravé cette phrase :

« La vie c’est comme une boite de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. »


Je gardai la boîte toute ma vie.


C’est aujourd’hui, alors âgé de 98 ans, que je déguste le dernier chocolat fabriqué par mon arrière grand-père Paul dit « le Sorcier ».


J’espère qu’il s’agira d’un bon souvenir.

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